Le soutien à la parentalité
Avant de parler de soutien à la parentalité, parlons un peu de la parentalité…
La parentalité est un néologisme… D’ailleurs word ne le connait pas et nombre d’entres nous ont du mal à imaginer ce qui se rattache à cette notion !
D’ailleurs on dit LA parentalité, comme s’il n’en existait qu’UNE, THE ONE… Sauf qu’en anglais, la parentalité déjà est représentée par 2 termes :
PARENTHOOD qui renvoie de façon générale à la fonction d’être parent et plus spécifiquement à la condition d’être parent // PARENTING qui renvoie plutôt aux pratiques éducatives.
On parle de parentalité, comme s’il n’en existait qu’une seule forme… Or, ce concept est inéluctablement protéiforme et il nous interroge sur nos conceptions mêmes de l’Être.
Réduire la parentalité à la parenté biologique – à savoir, aux seuls liens du sang – revient à réduire toute la complexité de l’être humain à son patrimoine génétique, son inné.
En revanche, ouvrir la parentalité à d’autres liens, c’est ouvrir l’humain à des perspectives d’acquisition, de construction ! On construit du lien affectif, du lien « parental », comme l’on se construit, soi, au quotidien, nourri de son vécu, de ses rencontres, connecté au monde que nous sommes ; c’est la parentalité sociale, éducative…
Bref, la parentalité est un terme qui a une 30aine d’années d’existence, c’est un terme inventé par le travail social, la socio, la psychologie, puis le droit… chacun d’ailleurs avec sa coloration particulière…
L’arrivée de ce terme coïncide avec de profondes mutations qui bouleversent la société, bousculent tous les repères au point d’en devenir vecteurs de thèmes récurrents, récupérés par l’industrie télévisuelle, friande d’audimat : les familles recomposées, adoptantes, l’homoparentalité, la monoparentalité…
Il est donc intéressant de se demander quand et pourquoi ce terme a fait son entrée dans notre vocabulaire courant, pourquoi il connaît un tel succès. Mais au fond, qu’entend-on au juste par « parentalité » ?
Les premiers à évoquer clairement le terme sont les sociologues, en pleine réflexions au sujet de ces femmes seules qui élèvent leurs enfants ; c’est alors que nait, importé des pays anglo-saxons, le terme de « monoparentalité ». Importé par des sociologues féministes la notion sera consacrée, en 1981, par l’INSEE. Il est à noter que c’est le premier terme nommant une situation familiale sans la juger. Dés lors, les termes de « filles mères » et autres disparaitront du langage courant et grâce à ce simple terme, la situation obtient une reconnaissance officielle. Il en sera de même alors pour toutes les notions concernant les diverses formes d’« être parent »
D’où la nécessité de trouver un nouveau terme tenant compte des différentes possibilités d’être parent. Et c’est ainsi que nait la parentalité.
Mais comment expliquer le succès de ce terme qui d’un point de vue purement linguistique et sémantique démontre la capacité de notre société à accepter les mutations et les transformations des structures sociales liées à la famille ?
Il semblerait que le recours à cette notion révèle une demande, un besoin, bref une évolution qui traduit les préoccupations sociétales face à une fonction parentale aujourd’hui souvent malmenée.
La notion de parentalité participe certainement à un assouplissement de postures idéologiques. C’est une notion non stigmatisante, elle ne témoigne d’aucun jugement moral. Etant moins prégnante, nous pouvons avancer l’idée que la parentalité est l’ensemble des façons de vivre le fait d’être parent.
Etre parent conjugue des réalités biologiques, des dimensions juridiques fondant la filiation et par là permettant l’inscription de l’enfant dans le corps social et la prise en charge quotidienne qui se traduit en de nombreuses activités de soin, d’éducation, etc.
Alors évidemment quand ces trois dimensions sont assurées par un père et une mère cohabitant ensemble sans drame, la question n’a que peu d’intérêt… Mais évidemment aussi la distinction du biologique, du légal et du social revêt un caractère tout particulier dés lors qu’on sort du schéma classique et traditionnel de la famille nucléaire (la PME : Papa/Maman/Enfants) et c’est de plus en plus souvent le cas…
Je pourrais encore développer longuement sur ce concept, son historique, ses définitions et théories mais… nous n’avons pas l’après-midi ! Alors, si vous voulez poursuivre sur ce sujet, je vous invite à flâner sur le site Parentsdu02.com afin d’y trouver un article écrit par Delphine Delecourt et moi-même : « La Parentalité : essai de conceptualisation d'un terme à succès »
Pour résumer, les lignes ont bougé… et parallèlement la parentalité est largement considérée comme une question majeure de santé publique, au prétexte que les problèmes de parentalité seraient à l’origine de nombreuses difficultés sanitaires et sociales actuelles : absentéisme, échec scolaire, délinquance, criminalité, troubles de comportements, conduites à risque, troubles psychiques, abus de substances psychoactives... j’en passe…
Ainsi depuis quelques années, elle mobilise les acteurs de santé publique et de nombreux autres professionnels de la sociologie, de la psychologie, de la psychanalyse, de l’éducation, de l’action sociale, de la justice, de la politique, des médias...
Pour autant, si tous reconnaissent une place primordiale à la parentalité et mettent en avant l’importance du soutien à la parentalité, tous ne s’entendent pas sur les réalités qu’ils rattachent à cette notion ni sur les modalités d’intervention qu’ils préconisent.
Dans une certaine mesure, les politiques, les médias, lors de toutes manifestations de grogne et de révolte dans les cités ne se privent pas de marteler que la perte des valeurs qui pousse à dégrader les biens publics est un problème d'éducation, un problème des parents… La télé-réalité aussi s'en mêle en accablant la famille, en stigmatisant des « familles à problèmes » auxquelles on vient porter secours par la baguette magique d'une « Super-Nanny » qui en 15 jours parvient à éduquer des enfants « mal élevés », là où leurs parents ont échoué. Dévalorisant ainsi ces parents et tous ceux qui, regardant l’émission, se seront reconnus à un moment donné…
Admettons qu’en ce début de siècle la famille est en crise… Oui, probablement de la même manière que la société, les valeurs, le sont… L’individualisme, le paraitre et le consumérisme ont été élevés au rang de valeurs cultes ; comment n’auraient-elles pas eu d’incidence sur la structure familiale et ses valeurs mêmes ? Nos « vieux » ont été exclus peu à peu de la sphère familiale, les figures d’autorité d’antan ont été discréditées (curé, instit’, gendarme, maire), les relais d’éducation ont disparu peu à peu, laissant les parents seuls face à une mission qui n’avait jamais été relevée seule par aucune société auparavant : l’éducation de ses enfants…
Admettons aussi que la famille a changé… Oui, immanquablement, les familles nucléaires (papa-maman et les 2,5 enfants) ont éclaté quand la chape judéo-chrétienne s'est faite moins oppressante depuis les années 70. Les femmes se sont émancipées. Le divorce s'est popularisé. La garde des enfants s'est alternée. Les familles se sont recomposées. Les familles monoparentales se sont multipliées. Le concept d'homoparentalité a jailli.
Il n'y a plus un schéma familial, mais autant de schémas qu'il y a de familles. Pour autant, si les familles ont su composer avec ces nouvelles donnes, il s'agit évidemment bien souvent de « bricolage intuitif », relevant du bon sens et non de l'exemple ancestral comme ce fut autrefois le cas. Quand on est une famille recomposée des deux cotés (enfants des deux nouveaux conjoints vivant sous le même toit) comment prendre exemple sur le modèle parental ? Il est encore rare que la configuration familiale fut la même… On peut, évidemment, calquer quelques aspects du fond mais pour le reste, tout est à inventer.
Si les familles font preuve d'inventivité, le cadre juridique et social, lui, ne suit pas toujours : quid du statut du parent social ou beau-parent ou co-parent… ?
Alors souvent les parents aimeraient trouver de l'aide, de l'écoute pour les accompagner… « Super Nanny » et sa morale sont accessibles facilement via une télécommande. Mais rien ne saurait remplacer de véritables espaces de paroles et de convivialité, d'échange des savoir-faire, de mutualisation des connaissances et de partage, sans jugement, ni morale pour ces familles qui ont peut être parfois juste besoin d'un peu d'écoute et surtout de beaucoup de confiance... Qu’enfin des lieux redonnent aux parents leur place, leur statut en leur permettant de reprendre les rennes et la confiance qui ont pu faillir.
Tout cela par le biais d’une relation horizontale de pair à pair, plutôt que la relation verticale de « technicien-professionnel-gourou-guide » à « usager/bénéficiaire/demandeur ». Le coach qui va dire ce qu’il faut faire et comment, déresponsabilisant, discréditant et dévalorisant le parent en simple questionnements ou bien en détresse…
De l’accompagnement à la répression en passant par la guidance, comme on l’a vu, il y a des gouffres énormes !
N’avez-vous jamais entendu dire : « ce ne sont pas les parents qui en ont le plus besoin qui viennent ! » (sous-entendu qui viennent aux réunions parents profs, aux actions de soutien, etc…) Or, comment et de où pouvons nous évaluer qui sont les « parents en besoin » ? Sont-ils ceux qui expriment ou ressentent un besoin ou bien ceux sur le lequel s’abat notre jugement, établi depuis le filtre de nos valeurs, de notre éducation, de notre culture, de notre vécu… ?
Les intentions ne sont pas les mêmes et parfois la répression et la velléité à s’immiscer au sein des familles sont pavées de bonnes intentions que l’on peut apparenter au désir d’aider les personnes malgré elles…
C’est exactement ce que ne prône pas le REAAP…
Bon, c’est bien beau de parler de ce que le REAAP ne prône pas, mais alors me direz-vous, que prône-t-il ? Qu’est-il ? Qu’est ce qui se cache derrière ces initiales barbares ?
Il semble donc nécessaire que chacun dans son département puisse trouver l'espace, le conseil, l'information qui soit propre à son cas de figure ou au problème qui l'interroge.
C’est pourquoi suite à la conférence de la famille de 1998, par la circulaire du 9 mars 1999, les Réseaux d’Ecoute, d’Appui et d’Accompagnement (REAAP) ont jailli dans chaque département de France, afin de mettre en réseau les actions visant à conforter, à travers le dialogue et l'échange, les compétences des parents et la mise en valeur de leurs capacités dans le respect et le soutien.
Le REAAP est, par ailleurs, un cadre de partenariat entre les différentes institutions et associations intervenant dans le champ de la parentalité : essentiel pour le développement de synergies et la mutualisation des pratiques, ainsi que des connaissances.
Dans l’Aisne ce dispositif, piloté par la DDASS, les CAF et le Conseil Général s’est même doté d’une animation de réseau à temps plein depuis 2006. En tant qu’animatrice, j’ai pour mission d’apporter un soutien, de créer du lien, des temps d’échanges, de formation, des outils de communication pour permettre aux acteurs du terrain d’échanger sur leurs pratiques, de se fédérer autour de projets communs, etc.
En 2007, cette animation a même donné naissance à un événementiel départemental de valorisation de la parentalité et des parents : la Semaine des Parents.
Pilote de par cette animation et cette innovation que représente la Semaine des Parents, l’Aisne, département rural durement frappé par la précarité, a vu un dynamisme nouveau se créer autour des parents et des familles, qui, loin d’être de simples usagers en mal de conseil, sont considérés comme acteurs d’une relation d’échanges de pair à pair autour d’une thématique qui pose de nombreuses questions, tant elle est malmenée.
Ces questions, elles se posent non seulement aux parents mais aussi aux professionnels qui les accompagnent, qui, eux-mêmes s’ils ne sont pas parents, sont souvent parents en devenir…
On évalue à une 60aine les structures qui mettent en place dans le rural ou l’urbain, l’associatif ou le municipal, des actions de soutien à destination des parents : ateliers, temps d’échanges, points d’information, lieux d’accueil enfants parents sont autant d’espaces labélisés par le REAAP au sein desquels les familles, les parents, les enfants, peuvent souffler, se poser avec leurs doutes, leurs interrogations, leurs soucis et partager, échanger… Ceci, sans le moindre jugement de valeur et en toute liberté, dans le respect de la pluralité sociale, ethnique, culturelle…
D’ailleurs pour en savoir plus, je vous invite à assister à une projection du film « Le Temps d’échanges » de Antoine Capliez qui au travers d’une ballade dans le 02 rencontre parents et professionnels en questionnement sur la parentalité, au cours d’actions mises en places par différentes structures…
V. Leturque (Intervention à l'IRFFE d'Amiens 18/09/2009)
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires
- Version imprimable
- Envoyer à un ami
Commentaires
Je me demande souvent ce que ces mots veulent dire. En tout cas ils disent que les parents auraient besoin de soutien. Les travailleurs sociaux seraient-ils, alors, des souteneurs ? Qu'en est-il de leur propre force, de leur propre capacité à se soutenir eux mêmes ? Les solidarités familiales et extra familiales, quoiqu'on en dise, fonctionnent encore bien, de même que certaines solidarités de voisinage ou de quartier. Alors pourquoi soutenir? Ils se tiennent les parents, ils résistent aux difficultés cumulées sur leur chemin éducatif, ils restent les plus sûr garant de l'éducation. Les parents soutiennent les travailleurs sociaux qui s'occupent d'eux. Pourquoi ne seraient-ils pas alliés plutôt que souteneurs ?
Ah les mots, oui, parfois n'ont pas le même sens pour tout le monde, ou l'emploi de l'un en la place d'un autre peut changer beaucoup de choses..
Je rejoins cette idée que les professionnels seraient davantage efficaces dans le rôle d'alliés, que comme des étaies..??
Ne fait on pas un travail AVEC eux ??
l'occasion idéale, pour la relance d'une question que je posais, je crois, en amont des "wacances", à savoir :
"demander de l'aide n'est-il pas une marque de responsabilité, et non un signe de faiblesse ??"
Merci !
A bientôt ?!
Anne